Café du Grütli x Jacqueline Benz


mettre la table

Au montage d’une exposition s’associent pour moi d’autres personnes. Qui peuvent être les employés de voirie des villes où je suis allée emprunter des bancs publics jaunes, rouges ou bleus, ou bien des habitants de Môtiers qui m’ont donné leur veste pour que j’en découse provisoirement une manche.

Ici, c’est vous, plus que le cadre, le contexte donné, c’est vous qui êtes mes interlocuteurs pour une intervention artistique. C’est avec vous que se fait une expérience, il s’agit de faire affleurer l’habitude, la succession de jours qui s’est tout à coup interrompue et à laquelle on n’ose pas trop adresser sa mélancolie. Jamais on n’avait vu le café aussi désolé, pas juste fermé provisoirement, mais vide de sa raison d’être: accueillir et réunir. Mais en même temps, il y a un horizon, on espère revenir, sans pour autant que tout puisse être comme avant. Nous avons acquis une conscience nouvelle.

Dans cette installation, il y a l’absence évoquée, avec ces assiettes qui flottent hors de portée et personne pour s’attabler, avec le souvenir du brouhaha, des interpellations venues de la cuisine, reprises en salle. Mais aussi, lisibles en transparence, quelques phrases pour les lendemains, inscrites sur des verres qui plus tard seront repris en main (trinquer au lendemain).


Jacqueline Benz.

Depuis plusieurs années, ses installations éphémères, ses travaux vidéo et sonores témoignent de l’attention qu’elle porte à l’altérité. Elle a par exemple entrepris avec des femmes d’un quartier du Caire un tricot portant les emblèmes de la croix et du croissant qui apparaissent progressivement depuis une fenêtre jusqu’à toucher la rue (tricoter en paix). Ailleurs, elle a projeté sur les facades des dessins réalisés après des entretiens avec les habitants (les dehors du dessin, Cully, entrevues, Môtiers). Ou encore, elle a entouré la mairie de lattes de bois multicolores récoltées auprès des habitants (le tablier de la mairie, Malbuisson). Son travail se construit ainsi à partir de mises en relations.


Le Café du Grütli est un restaurant familial où sont servis des plats typiquement suisses. Depuis 1986, Heike et Willi Prutsch gèrent cette institution en plein cœur de la vieille ville de Lausanne. C’est un des plus anciens restaurants de la ville. Son style « authentique » de bistro aux parois de bois, aux murs en pierres et aux poutres apparentes sont le reflet de son âme.